Huile sur toile de forme ovale.
Dimensions : h. 120 cm, l. 93 cm
Important cadre en bois doré et sculpté de fleurs et feuillages d'époque Louis XIV
Dimensions encadré : h. 145 cm, l. 122 cm
Le format monumental de notre œuvre rare pour un ovale nous plonge immédiatement dans le faste des portraits de l’apogée du règne de Louis XIV. Henri Gascar choisit de placer la favorite royale dans un riche intérieur palatial, devant un lourd rideau de velours cramoisi qui s’ouvre sur un paysage à l’antique. La marquise assise sur son lit de repos est portraiturée à mi-jambe regardant le spectateur de face avec aisance et assurance.
Le visage, aux joues délicatement rosées est animé de ses larges yeux bleus aux paupières légèrement baissées, lui conférant un air languissant. La marquise porte une coiffure dite « à l’hurluberlu » très en vogue dans les années 1670-1680. Les boucles, savamment ordonnées mais d’apparence spontanée, adoucissent les traits et créent un halo lumineux autour du visage. Un collier de perles souligne son rang et sa féminité.
Elle est vêtue d’un chemisier blanc orné de riches dentelles, noué a la poitrine, une robe d’intérieur de soie violacée brodé de rinceaux d’or et d’argent et doublé de satin orangé négligemment attaché à son épaule par une agrafe de perle. Son épaule droite est couverte de large étole bleue lapis brodée d’or.
Son bras droit s’appuie gracieusement sur un coussin de velours rouge, le contraste entre le bleu de l’étole et le rouge du coussin, rehaussé par l’éclat nacré de la carnation, témoigne du goût typiquement baroque de l’artiste pour une palette riche et les effets de matière.
La gestuelle des mains constitue un élément central de la construction symbolique de l’image. Loin d’être de simples détails expressifs, elles articulent une véritable rhétorique visuelle, fondée sur un subtil équilibre entre intériorité et rayonnement.
La main droite, posée délicatement sur la poitrine, relève d’un geste de retenue protectrice. Placée à la jonction du décolleté et de la dentelle, elle semble tempérer l’éclat sensuel du « déshabillé » par une nuance de pudeur. Ce geste rappelle la tradition iconographique de la Vénus pudique, où la main qui couvre est aussi celle qui attire le regard.
En contrepoint, le bras gauche se déploie vers le premier plan. La paume ouverte, l’index légèrement déplié, introduisent un mouvement d’adresse au spectateur. Ce geste ouvert, fréquent dans le portrait d’apparat du XVIIe siècle, signifie l’aisance, la disponibilité et la maîtrise. Il rompt la frontalité de la composition, crée une profondeur spatiale et guide le regard vers la figure centrale.
À l’arrière-plan, une terrasse ornée d’une balustrade, une statue classique et quelques figures secondaires évoquent un cadre idéalisé, allusion à la culture humaniste et à la mise en scène symbolique propre au portrait de cour sous le règne de Louis XIV.
Notre portrait illustre la construction de l’image publique de Madame de Montespan à l’apogée de sa faveur. Plus qu’une simple effigie, l’œuvre participe à la propagande visuelle de la cour : elle affirme la puissance sociale, le prestige et la sophistication culturelle de celle qui fut l’une des femmes les plus influentes du règne.
Henri Gascar (Paris, 1635 – Rome, 1701), portraitiste recherché de l’aristocratie européenne, fut un peintre favori de Madame de Montespan. Apres un début de carrière à Paris, il séjourne à la cour de Londres en 1674 sous le patronage de la duchesse de Portsmouth qui lui assure les nombreuses commandes. À son retour à Paris, Gascar est élu membre de l'Académie Royale le 26 octobre 1680. Son style, influencé par la tradition du grand portrait français inaugurée par Charles Le Brun, associe solennité, raffinement décoratif et mise en scène théâtrale.
Œuvres en rapport :
• Henri Gascar, portrait de Louise de Kerouaille, 111x93 cm, vente aux enchères Sotheby’s, Londres 5/6/2008 lot n° 10
• Portrait de la marquise de Montespan, Château de Versailles, inv MV 6610 (114,5x88,9 cm) ancienne attribution à l’atelier de Pierre Mignard
• Henri Gascar, Mme de Montespan dans son château de Clagny (collection particulière, dim. inconnus)