Huile sur toile : h. 71,5 cm, l. 58,5 cm
Cadre en bois doré et sculpté du XIXème siècle, dimensions : h. 91,5 cm, l. 78,5 cm
Provenance :
Collection Camille Groult (1832-1908), industriel et collectionneur d'art français.
Puis par descendance, la vente de sa collection Galerie Charpentier, Collection Groult 21 mars 1952, n°74
L’œuvre que nous présentons constitue un exemple rare du portrait familial français du milieu du XVIIIème siècle. Evoquant à la fois la tendresse maternelle et la continuité dynastique, l’accent est mis sur l’exubérance vestimentaire des deux protagonistes dans le but d’afficher leur statut élevé dans la société et de souligner la richesse familiale.
Dans une mise en scène intimiste dans un intérieur cossu, une jeune mère est assise accompagnée de son fils. Portraiturée à mi-corps, tourné de trois quarts, la jeune femme avec une retenue gracieuse regarde le spectateur en face.
Son fils, positionné par le peintre à sa droite, est portraituré en buste, debout s’appuyant sur les genoux de sa mère.
Suivant la mode de l’époque, la jeune femme est vêtue d’une robe « à la française » de soie bleue rayée au large décolleté carré orné de rubans plissés, et d’un corset de soie rose bordé de fines dentelles blanches. Les manches s’arrêtant au coude, sont parées de larges nœuds de ruban rose et des volants de dentelles superposés. Elle porte au cou le ruban rose noué du même ton que son corset
Ses cheveux sont poudrés et coiffés en « tête de mouton », très à la vogue durant le règne de Louis XV et pour souligner la fraîcheur printanière du modèle quelques fleurs bleues sont piquées dans les mèches au sommet de sa tête.
Le regard vif de ses yeux bleus anime son visage aux pommettes hautes et aux joues généreusement fardés.
D’un geste protecteur et bienveillant elle pose sa main droite sur l’épaule de son fils, signifiant symboliquement sa volonté de le protéger des dangers du monde, tandis que son bras gauche, fléchi au coude est élégamment posé sur un coussin de velours rouge aux passementeries d’or.
Délicatement et timidement le jeune garçon effleure de sa petite main gauche les doigts longs et gracieux de sa mère, il lève sa tête et la regarde avec vénération de ses larges yeux bleus.
Positionné au premier plan ce geste discret plein de tendresse et de douceur est employé par le peintre pour instaurer un lien affectif entre la mère et son fils, malgré une apparente retenue de la mère dont le regard est dirigé vers le spectateur.
L’attitude des modèles constitue un précieux témoignage des relations familiales sous l’Ancien Régime, où l’expressivité et des émotions doivent être maitrisés et conformes aux codes de la bienséance.
Le petit garçon est vêtu d’une robe de soie bleue ornée de nœuds bleus et de volants de dentelles blanches, le bord du décolleté est brodé au fil d’or. Il porte au cou un ruban de dentelles blanches décoré de petits nœuds bleus.
Sa tête est couverte d’un bonnet d’apparat de dentelle blanche, agrémenté d’un large galon tissé de fils d’or et surmonté d’une plume d’autruche, symbole du luxe et de l’exotisme réservé à la noblesse. Cela indique également qu’il s’agit d’un petit garçon et non d’une petite fille (car les enfants de deux sexes portaient des robes jusqu’à 7 ans environ sous l’Ancien Régime).
L’artiste introduit dans le portrait un détail assez curieux : la petite mouche sur la poitrine de l’enfant. Symbolisant le côté éphémère de la vie, l’insecte dans ce contexte évoque sans doute l’extrême fragilité de la vie d’un enfant.
Le raffinement des habits du petit garçon habillé comme un adulte en miniature, indique son rang social élevé. Dans le milieu aristocratique l’enfant est l’image même de sa famille car il incarne la continuité de la lignée et doit témoigner par ses atours du prestige familial.
D’un point de vue stylistique, le traitement subtil des carnations, l’attention portée au rendu des étoffes et des dentelles, la composition soignée et très bien construite évoque un artiste parisien de l’entourage direct de François Hubert Drouais. La recherche d’une dimension psychologique et sa spécialisation dans les portraits d’enfants nous permettent d’envisager que l’œuvre est peinte au sein de son atelier par un élève ou un collaborateur d’atelier.
François-Hubert Drouais, dit Drouais le fils (né le 14 décembre 1727 à Paris, où il est mort le 21 octobre 1775) est un peintre français, spécialisé dans les portraits, dont il domine la production à la fin du règne de Louis XV.
Il devient successivement l'élève de son père, Hubert Drouais, de Donat Nonnotte, de Carle Van Loo, de Charles-Joseph Natoire, et de François Boucher. Reçu membre de l’Académie royale, le 25 novembre 1758, sur présentation d'un portrait de Coustou et d'un portrait de Bouchardon (aujourd'hui au Louvre) comme morceau de réception, il est rapidement appelé à Versailles.
Il devient l'un des peintres favoris de Madame de Pompadour, dont un célèbre portrait, peint en 1763-1764, est aujourd'hui conservé à la National Gallery de Londres. Et travaille ensuite pour madame du Barry. Il acquiert rapidement une grande notoriété à la cour, exécutant des portraits de la famille royale et de la noblesse (comme le Portrait de Madame de Tencin), des artistes (comme Edme Bouchardon, sculpteur, Paris, musée Carnavalet), en pied ou en buste, et portraiturant également les visiteurs de marque invités à Versailles. Se montrant peu soucieux de rendre la vérité psychologique de ses sujets, il verse volontiers dans la flatterie, en idéalisant considérablement ses modèles, tout en intégrant une originalité dans le portrait de cour, qui le détache de « la grandeur baroque de Rigaud et des mythologies allégoriques de Nattier ».
Il se distingue dans les portraits d'enfants, dont Le comte d'Artois et sa sœur, madame Clotilde[1], est l'exemple le plus émouvant, mais l'on peut citer également les Enfants du duc de Bouillon déguisés en petits Savoyards, Le duc de Berry et le Comte de Provence au temps de leur enfance, Alexandrine Lenormant d'Etioles et Petite fille tenant sa poupée. Il renouvelle également la tradition des portraits familiaux (par exemple la Famille du marquis de Sourches, 1756, présenté au salon de 1759, conservé à Versailles), plaçant les modèles dans un décor subtil et vrai, à l'inverse de la théâtralité de François Boucher, et annonce ainsi les portraits sensibles d'Elisabeth Vigée-Lebrun. L'idéalisation du modèle l'amène parfois à une certaine superficialité, et une inexpressivité, alliée aux tons porcelaineux des chairs fardées un peu artificiels et exagérés, qui le rattachent ici à la génération de Nattier. Cependant, Diderot reconnaît en lui une « agréable invention », et Drouais montre un talent dans la mise en scène de détails anecdotiques, d'animaux de compagnie, et d'accessoires qui révèlent un certain talent pour la nature morte, et le place comme la figure dominante de l'art du portrait à la fin du règne de Louis XV.