Huile sur toile
Dimensions: h. 127 cm, l. 95,5 cm
Cadre en bois doré et sculpté d’époque Louis XIV
Encadré : h. 153 cm, l. 123 cm
Notre majestueux portrait issu de l'atelier de Hyacinthe Rigaud représente Henri-Louis de La Tour d’Auvergne (1679-1753), comte d’Évreux, membre d’une des plus prestigieuses familles de la noblesse française. A la fois un instrument de représentation du pouvoir et du prestige nobiliaire, notre œuvre s’inscrit dans la tradition du portrait d’apparat militaire visant à magnifier la position sociale et la ferveur belliqueuse des membres de l’aristocratie par une mise en scène élaborée associant richesse des costumes, gestes codifiés et effets lumineux spectaculaires.
Le jeune comte âgé de 24 ans est figuré debout, vu à mi-corps et tourné de trois quarts dans un paysage animé à l’arrière-plan par une charge de cavalerie, évoquant le contexte militaire et la carrière du modèle.
La tête est tournée vers la gauche. Une grande perruque brune tombe en larges boucles sur ses épaules, encadrant un visage juvénile aux joues pleines. Les lèvres fines esquissent un sourire discret tandis que l’expression générale demeure douce et bienveillante, contraste subtil avec l’iconographie guerrière. L’attitude du modèle traduit néanmoins assurance et dignité : la main droite repose sur un bâton de commandement placé au premier plan, attribut symbolique de l’autorité militaire, tandis que le bras gauche est replié, la main posée sur la hanche dans une pose à la fois élégante et affirmée.
Le comte est entièrement cuirassé. L’armure, rendue avec un soin particulier dans le traitement des reflets métalliques, est sobrement ornée de parements de velours bleu visibles aux jonctions des pièces d’armure. Aux poignets apparaissent les manches d’une fine dentelle blanche qui adoucissent la rigidité du métal. Une épée est attachée à la taille par un porte-épée du même velours bleu. Autour de la taille, une écharpe blanche de commandement forme un nœud sculptural ; ses drapés, composés de plis anguleux et dynamiques, animent la composition.
Au premier plan, un heaume à visière relevée est posé sur un rocher, renforçant l’iconographie martiale du portrait. L’arrière-plan, traité dans des tonalités plus sombres sur fond d'un ciel obscurci par les fumées des canons, laisse apparaître un paysage et une scène de combat qui accentuent la dimension héroïque de la représentation.
L’éclairage, volontairement théâtral, illumine abondamment le visage du modèle et crée de puissants reflets sur la surface polie de l’armure. Malgré la posture relativement statique du personnage, les drapés flottants de l’écharpe blanche introduisent un mouvement qui confère à l’ensemble dynamisme et vigueur. De cette mise en scène émane une impression de puissance et de charisme : par sa stature, son port de tête et son attitude, le jeune comte apparaît comme l’incarnation idéale du noble guerrier au début du XVIIIème siècle.
Notre œuvre est une version d’atelier de Hyacinthe Rigaud, dont l’original a été exécuté par l’artiste en 1703. Ce portrait autographe est aujourd’hui conservé à la galerie des peintures anciennes (Gemälde Galerie – Alte Meister inv. GK 1 148) des collections du musée de Kassel. L’effigie du comte d’Evreux, un des portraits les plus réussis de l’artiste est exposé en 1704 au salon de l’Académie des Beaux Arts et reçoit beaucoup de critiques positives. Le comte, satisfait du travail de l’artiste, lui commande directement plusieurs répliques qui seront exécutées par l’atelier entre 1703 et 1705. Ces versions d’atelier, comme c’est le cas de notre tableau ont été destinées à être offert par le comte à ses compagnons de guerre ou des membres de sa famille.